La Russie fournit plus de 40% des importations européennes de gaz naturel, lui donnant un fort poids sur la sécurité énergétique de l’Europe. Cet approvisionnement pourrait d’ailleurs être menacé par la crise ukrainienne, heureusement l’Europe peut compter sur d’autres sources d’approvisionnement.
Gaz Russe – Poids et alternatives
La Russie pourrait-elle suspendre toutes livraisons de gaz naturel ?
Le gaz russe est un instrument de politique étrangère. La Russie profite de la forte dépendance de l’Europe à son gaz naturel : baisse ou hausse des livraisons en fonction des réactions des différents pays de l’UE, etc.
Pourtant l’Europe a décidé de retourner cet instrument à son avantage, notamment faisant peser l’avenir du tout nouveau gazoduc Nord Stream 2 dans la balance. Les Etats-Unis soutiennent d’ailleurs cette position, comme le prouve cette déclaration de Victoria Nuland, numéro 3 de la diplomatie américaine « Nous continuons nos conversations très fortes et claires avec nos alliés allemands et je veux être claire avec vous aujourd’hui : si la Russie envahit l’Ukraine, d’une manière ou d’une autre, Nord Stream 2 n’ira pas de l’avant ».
La question qui reste en suspens : La Russie coupera-t-elle complètement les livraisons de gaz vers l’Europe en représailles aux sanctions économiques que cette dernière pourrait lui imposer ?
Quelles sont les alternatives d’approvisionnement en gaz en Europe ?
Pour l’Europe, les solutions se tournent plutôt vers les approvisionnements par gaz naturel liquéfié (GNL), qui peuvent être livrés par bateau dans le monde entier. L’Australie est aussi prête à envoyer du gaz naturel en Europe.
“En matière de volume de gaz naturel liquéfié, les trois mastodontes aujourd’hui sont le Qatar, l’Australie et les États-Unis”, indique Vincent Demoury, délégué général du Groupe international des importateurs de GNL. Il s’agit donc principalement de ces trois pays qui auraient de la flexibilité pour produire plus ou rediriger vers l’Europe des volumes traditionnellement dirigés vers d’autres marchés.
Les limites de ces solutions
Mais le gaz naturel liquéfié n’est qu’une solution partielle, il semble aujourd’hui impossible de remplacer tout le gaz russe par du GNL.
Il y a amplement la capacité disponible pour remplacer une bonne partie des exportations russes dans les terminaux européens. Mais actuellement en plein hiver, l’utilisation des terminaux est déjà beaucoup plus haute que la moyenne annuelle. Les capacités disponibles ne seraient sûrement pas suffisantes pour couvrir les besoins des pays Européens.
Les réserves de gaz en Europe sont basses cet hiver et l’approvisionnement depuis la Russie a déjà été réduit à un niveau historiquement bas en ce mois de janvier.
Il est fort à parier que la Russie n’ira pas jusqu’à couper totalement le robinet. Une suspension totale des exports gaziers reste le scénario le moins probable. Car cela impliquerait de gros risques sur le long terme au niveau de la stabilité financière de la Russie et de son influence politique en Europe. L’Europe pourrait bien répondre de manière agressive en diversifiant son approvisionnement énergétique.
Les conséquences d’un arrêt de l’approvisionnement en gaz russe
Gaz russe, une potentielle source de tensions diplomatiques en Europe
Au-delà de l’intérêt financier, le maintien de leurs livraisons permet de créer des désaccords au sein de l’Europe : la Russie pourrait continuer d’alimenter certains pays comme l’Allemagne, la Grèce, la Hongrie mais pas la Pologne, la Lituanie…
Cette situation diviserait l’Europe mais elle compliquerait moins son approvisionnement global.
Face à cette crise, on constate une nouvelle fois la forte dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis de son voisin russe.
Conséquences économiques d’un arrêt de l’approvisionnement en gaz russe
L’Union Européenne pourrait faire face à un arrêt de toutes les importations de gaz russe, mais cela aurait de profondes conséquences économiques et nécessiterait la mise en place de mesures d’urgence pour réduire la demande.
Les tensions entre l’Occident et la Russie au sujet de l’Ukraine ont suscité beaucoup d’inquiétudes quant aux flux de gaz russe vers l’Europe, ce qui a poussé la Commission européenne et les États-Unis à rechercher des sources d’approvisionnement alternatives.
D’après le rapport Bruegel, si la Russie interrompt toute livraison de gaz, l’Union européenne devrait augmenter ses importations de gaz naturel liquéfié tout en imposant des mesures d’urgence pour réduire la demande.
L’augmentation des prix du gaz au cours des derniers mois, soutenue par des approvisionnements russes plus faibles que prévu, a déjà fait augmenter la facture des ménages européens et a contraint certaines industries dépendantes du gaz à réduire leur production.
La Russie fournit près de 40% de la consommation de gaz de l’UE, mais cette dépendance varie d’un pays à un autre. Dans le cas où il fait très froid et où il n’y aurait plus de livraison de gaz russe à partir de février, les stocks de gaz de l’UE pourraient être épuisés à la fin du mois de mars, selon Bruegel.
L’Europe devra donc réduire davantage sa consommation de gaz, c’est-à-dire en augmentant sa production d’électricité à partir du charbon (ce qui entraînerait une hausse des émissions de CO2) ou en retardant la fermeture de centrales nucléaires en Allemagne.
Une forte demande de GNL pourrait également entraîner une flambée des prix, qui toucherait l’économie de l’UE et les pays les plus pauvres désireux d’acheter du GNL.
Source : Franceinfo avec AFP